C’est à cette époque que je commence à échanger des lettres avec la Comtesse Anna de Bellerive.
Elle est intelligente, cultivée. Ses lettres me fascinent. J’attends chacune d’elles avec impatience.
Je dois absolument la rencontrer.
Je crois que je suis amoureux.
Mais il y a un problème.
Je ne peux pas me présenter devant elle sous le nom d’Amaury de Valmont. Amaury de Valmont est mort depuis deux cents ans.
Sur le chemin qui doit me conduire jusqu’à elle, je décide donc de changer de nom.
Désormais, je suis Amaury de Vauclerc.
Mon voyage est pourtant retardé par un conflit entre deux familles nobles. Leurs fils aînés sont amoureux de la même jeune femme et leurs familles ne savent pas comment régler la situation.
Je leur propose un duel.
Le perdant me servira de paiement.
Sur la route, je pense souvent à Beaufort. Je n’ai jamais oublié mon domaine et, malgré les siècles qui passent, je ne parviens pas à me résoudre à le perdre définitivement.
Peu à peu, une idée me vient.
Je vais élever un garçon comme mon fils et faire en sorte qu’il épouse la fille unique de la famille qui occupe actuellement Beaufort.
Les mortels peuvent être manipulés.
Il suffit d’être patient.
Et j’ai toujours été bon dans ce domaine.
Un autre jour, je me cache dans le sous-sol d’une vieille bâtisse abandonnée pour attendre la nuit. Je suis réveillé par les pleurs d’un enfant.
Des jeunes de son village le persécutent.
Je m’occupe du problème à ma manière. Je leur révèle ma véritable nature et leur explique que, s’ils recommencent, je ne serai pas aussi clément la prochaine fois.
Je reprends ensuite ma route.
Mais je suis attaqué par des bandits. Ils ne représentent pas une véritable menace pour moi et je me débarrasse facilement d’eux.
Pourtant, lorsque je poursuis mon chemin, je découvre que mon journal a disparu. Je pense immédiatement à Louis, l’autre Infant d’Arnaud.
Je ne sais pas comment il a réussi à me le voler, mais je suis certain qu’il s’agit d’un acte de vengeance.
Pour rejoindre Anna plus rapidement, je décide de voyager en carrosse pendant la journée. Je reste caché dans une grande malle, gardée par mon serviteur.
Ce n’est pas confortable, mais c’est pratique.
Après plusieurs semaines de voyage, j’arrive enfin auprès d’Anna.
Je suis persuadé qu’elle va m’accueillir chaleureusement. Après toutes les lettres que nous avons échangées, je crois qu’elle ressent pour moi la même chose que moi pour elle.
Mais lorsque je me présente devant elle, tout change. Elle découvre ce que je suis. Mon apparence l’effraie et elle comprend qu’elle a devant elle un homme damné.
Elle lance ses hommes à ma poursuite.
Je dois fuir et me cacher dans les taudis.