Une personne du public se demande quelle est la différence de coût entre un jeu « classique » et un jeu éco-conçu. Michael Rambeau rappelle que la quantité permet de s’y retrouver, mais que la différence avec la Chine peut être de 50%.
Gaëtan Beaujannot donne quelques informations techniques : il faut multiplier le coût de fabrication par 6 pour avoir un prix public. La différence de coût avec la Chine revient à 3 euros plus cher environ pour un coût de 50 centimes. Michael Rambeau explique que c’est cette problématique de marge qui les oblige à s’auto-distribuer. Il ne peut pas prendre un distributeur, surtout sur la France qui représente 80% de son chiffre d’affaire.
Mr. Guillaume de Tric Trac se demande si le public ne serait pas prêt à payer plus cher ce type de jeu. Il parle d’une expérimentation faite sur une bouteille de jus de pomme et une bouteille de lait. Une question a été posée aux gens : jusqu’ou sont-ils prêts à payer pour chaque maillon de la chaine ? Chacun a annoncé « j’ai besoin de tant pour vivre », et au final, les chiffres du public n’étaient pas si haut. En annonçant clairement un chiffre, il n’est plus possible de jouer sur les marges.
C’est une question compliquée, et après avoir répondu « non », Florent Toscano revient sur ses mots et avoue qu’il n’en sait rien. Il se demande, tout comme Michael Rambeau, si ils ne se mettent pas un frein. Florent Toscano explique tout de même que si plus plus d’usines savaient faire les éléments des jeux, les prix seraient moins élevés. Actuellement, les usines le font de manière ponctuelle et anecdotique. Le public doit donc jouer le jeu, mais tout n’est pas entre ses mains.
Michael Rambeau se demande si communiquer de cette manière sur le prix ne diluerait pas le discours en ne mettant pas en avant la qualité du jeu lui même. Fabriquer en France permet de créer des emplois et met en place un cercle vertueux.
Florent Toscano rappelle que ce n’est pas la fabrication propre qui distingue un jeu d’un autre en boutique spécialisée. Les gens viennent y chercher un jeu pour ce qu’il est et non pas pour ce qu’il y a autour. Par contre, c’est un plus pour les autres réseaux de distribution.
Une personne du public demande si le coût est la raison pour laquelle ces jeux éco-conçus sont de petits jeux. Florent Toscano répond par l’affirmative et Gaëtan Beaujannot prend l’exemple de Rallyman, un jeu de course de voitures de Jean-Christophe Bouvier. Son premier tirage lui a coûté 17 euros (+ thermoformage). Le jeu ne comportait pas énormément de matériel et il n’a pas eu le choix des voitures en plastique ou des couleurs. Un jeu avec ce type de matériel vaut entre 30 et 35 euros, mais si on multiplie 17 par 6…
Il était vendu aux alentours de 40/45 euros et n’aurait pas été possible sans auto-distribution.
Florent Toscano précise certains éléments : dans un circuit habituel, un jeu à 15 euros en boutique est vendu à 7 euros 50 HT par le distributeur. Le distributeur prend 30%, l’éditeur lui vend donc le jeu à 5,25 euros. Lorsque le jeu coûte 2 euros, l’éditeur a une marge de 3,25 euros (il arrondit à 3 euros pour que le calcul soit plus simple). Il faut payer l’auteur, l’illustrateur, les frais usuels de la société, le standiste, le transport, les animateurs , le voyage, les salaires, les charges de l’entreprise… avec 3 euros.
Une personne du public se demande si ce ne serait pas plus simple d’éditer uniquement le plateau pour un gros jeu, étant donné qu’un jeu de ce type s’adresse à des experts qui possèdent déjà plusieurs boîtes. Ils pourraient récupérer les pions et jetons sur d’autres jeux, ce qui réduirait le coût. Michael Rambeau trouve l’idée intéressante, mais ne sait pas si les joueurs auront forcément les bonnes pièces. Florent Toscano trouve que la tendance actuelle est à l’inverse, avec des jeux regorgeant de matériel et de plastique.
Michael Rambeau rebondit sur l’existence de plastique bio, mais précise qu’il est plus cher que le plastique issu de la pétrochimie directe.
Pour Florent Toscano, la solution est simple : éditer des jeux pour « gamer » avec peu de matériel, comme Apocalypse au zoo de Carson City. Il s’agit d’un tout petit jeu de 66 cartes pour une 12ènes d’euros et une 15ènes de minutes de jeu. Les gros joueurs ne sont pas son public-cible, et Florent Toscano ne s’attendait pas à ce que ce jeu leur plaise.
Michael Rambeau rappelle qu’un gros joueur peut très bien jouer à de petits jeux et qu’il ne faut pas cloisonner le public.