Compte rendu

Chroniques d’un Vampire Millénaire – Mathieu

17 septembre 2026  ·  Lecture : 24 min

Chroniques d’un Vampire Millénaire est un jeu de rôle solo dans lequel nous incarnons un vampire. Le jeu nous propose différentes situations, qui nous permettent de construire son parcours au fil des siècles.

A chaque étape, un dé 10 et un dé 6 sont lancés. Le résultat du dé 6 est soustrait à celui du dé 10, ce qui indique de combien de numéros avancer (ou reculer) dans le livre. Une nouvelle situation apparaît alors, qu’il faut intégrer au récit.

Notre personnage évolue ainsi, rencontre de nouvelles personnes, accumule des souvenirs et en perd certains. Il n’y a pas d’objectif à atteindre ni d’ennemi à vaincre : le but est simplement de créer son histoire.

Dans cette partie, je joue Mathieu, un jeune homme du XIIe siècle élevé par les moines.

Acte I
XIIe siècle

Humain

Je m’appelle Mathieu.

Les moines m’ont trouvé, bébé, devant les portes du monastère. Je n’ai jamais connu mes parents et j’ai grandi parmi eux. Ils sont devenus ma seule famille.

Je me demande souvent qui je suis et d’où je viens. Je n’ai aucune réponse, seulement ce médaillon que je garde avec moi depuis toujours.

Frère Étienne m’apprend à lire les vieux manuscrits du monastère. Je découvre dans les livres un monde bien plus vaste que le mien. Je passe des heures à en déchiffrer les pages, fasciné par tout ce qu’elles peuvent contenir.

Plus j’apprends, plus j’ai envie de comprendre ce qui existe au-delà des murs du monastère et du petit village attenant.

Je fais aussi la connaissance de Gautier, un jeune noble venu étudier ici. Il a un caractère assez fort et il devient rapidement mon rival, puis mon ami.

Un jour, Gautier tombe malade. Je prépare pour lui un remède avec les plantes du monastère. Je suis soulagé de le voir guérir grâce à mes connaissances.

Et puis il y a Elise.

C’est mon amie d’enfance. Elle vit au village avec sa famille et apprend le métier de couturière auprès de sa mère. Elle est débrouillarde et connait bien les villages des alentours. Il lui arrive d’accompagner son père au marché pour y vendre leurs produits.

Je la connais depuis toujours, ou presque. Elle est l’une des rares personnes avec qui je peux parler librement.

Un jour, je lui montre mon médaillon et lui raconte tout ce que je sais de mon abandon. Je lui demande de m’aider à découvrir qui étaient mes parents. C’est la seule piste que je possède, et je me dis que si quelqu’un est capable de trouver quelque chose, c’est bien elle.

C’est ainsi que commence réellement la recherche de mes origines.

Grâce à Elise, je découvre que le médaillon appartient à la famille de Montreuil. Le dernier descendant vivant semble être un certain Alaric. Je lui écris pour en savoir plus et, le soir même, il me donne rendez-vous près du monastère.

La rencontre ne se passe pas comme prévu. À peine arrivé, Alaric me plaque contre un arbre et me mord au cou.

Je pense que ma dernière heure est arrivée. Pourtant, je me réveille un peu plus tard devant les portes du monastère. Il fait toujours nuit. Je rentre, déboussolé et malade, sans comprendre ce qui m’est arrivé.

Alaric m’a transformé. Il m’a rendu Immortel, comme lui. Mais je ne le comprends pas encore. J’essaie de trouver une explication, comme je l’aurais fait devant un passage obscur d’un manuscrit. Cette fois, pourtant, aucun livre ne peut m’aider. Je sais seulement que quelque chose en moi a changé.

Acte II
XIIe siècle

Première victime

Peu après, je m’approche de Gautier. Je ne sais pas ce qui me pousse vers lui. Je sens seulement une faim que je n’avais jamais connue auparavant.

Je bois son sang. Je le vide entièrement, sans même comprendre ce que je suis en train de faire. Quand je réalise ce qui s’est passé, Gautier est mort. Son regard dans ses derniers instants me hante. Pour la première fois, je comprends que ce que je suis devenu peut faire du mal à ceux auxquels je tiens.

Lorsque le corps de Gautier est découvert, je comprends que je dois disparaître. Je rassemble mes affaires à la hâte et quitte ma chambre. Je croise Elise, qui insiste pour m’accompagner. Je n’ai plus le choix : je lui montre ce que je suis devenu, mes crocs, ma Soif… Mais elle ne s’enfuit pas.

Nous quittons le monastère et nous faisons passer pour un couple de professeurs. Je change de nom. Désormais, je m’appelle Michel.

Acte III
XIIe/XIIIe siècle

La Cabale Secrète

Nous pensions avoir échappé à ceux qui pourraient nous rechercher, mais des hommes masqués nous retrouvent dans une chapelle abandonnée. Ils me prennent pour un envoyé de Dieu. Je ne comprends pas ce qu’ils voient en moi, ni pourquoi ils sont convaincus que je suis celui qu’ils attendent.

Mais ils peuvent nous aider à disparaître. Alors je me soumets à leur étrange cérémonie d’initiation.

Elise et moi nous installons dans le refuge de la Cabale Secrète, sous une vieille église. Ses membres nous cachent et m’apportent de quoi me nourrir. Au début, je suis réticent. Je n’aime pas dépendre d’eux, encore moins accepter ce qu’ils me donnent. Mais la faim finit par avoir raison de mes scrupules.

Et, malgré moi, je commence à apprécier la place qu’ils m’accordent. À leurs yeux, je suis quelqu’un d’important. Peut-être même quelqu’un de sacré.

Pour la première fois depuis longtemps, je n’ai plus besoin de me cacher.

Je recommence aussi à peindre. Je copie les récits de ma Bible et je les accompagne d’enluminures. Je préfère représenter la création plutôt que la destruction. Quand je peins, je peux me concentrer sur autre chose. Sur la lumière. Sur ce qui naît. Sur ce qui existe encore.

Pendant quelques heures, je peux oublier tout le reste et retrouver quelque chose de simple dans un monde qui ne l’est plus.

Mes cheveux commencent à blanchir bien que mon visage reste toujours aussi jeune. Je regarde mon reflet et une pensée me terrifie : je ressemble de plus en plus à Alaric.

Je ne veux pas lui ressembler. Je ne veux surtout pas devenir comme lui. Il m’a arraché à la vie que je connaissais et m’a condamné à devenir ce que je suis aujourd’hui.

Et pourtant, il est visiblement de ma famille. Je ne comprends toujours pas pourquoi il m’a fait ça.

Je découvre aussi que ma peau est glaciale. Je ne m’en étais jamais rendu compte jusqu’ici. Je le comprends lorsque je serre la main du tenancier du Sans Souci après une transaction. Il retire aussitôt la sienne, surpris par le froid de ma peau.

La nouvelle se répand rapidement et on commence à m’appeler la Main Morte.

Finalement, la Cabale est arrêtée. Leurs cérémonies de sacrifice sont devenues trop peu discrètes et les autorités finissent par les découvrir. Je me retrouve traqué à mon tour. Elise est capturée. Je voudrais rester, mais Frère Simon me force à fuir avant que ma véritable nature ne soit découverte.

J’apprends plus tard qu’Elise a été exécutée.

Après ça, plus rien n’a d’importance. Je retourne dans mon refuge et je peins. Les années passent, puis les décennies. Je continue à peindre jusqu’à ce que les murs soient entièrement couverts d’enluminures.

La Cabale, elle, continue d’exister. Les générations se succèdent. Je vois les mêmes familles vieillir, mourir, puis laisser leur place à leurs enfants. À chaque génération, ils prêtent serment en buvant un peu de mon sang. Au fil du temps, je cesse de m’attacher à eux. Je les regarde grandir et disparaître, comme je regarde les années passer.

Acte IV
XIIIe siècle

Eberhard de Brünwald

Vient alors le Seigneur de Brünwald.

Je le rencontre alors que je traverse un village lors d’voyage. Un homme m’aborde et engage la conversation avec moi. Il semble en savoir plus sur moi qu’il ne devrait, et ses questions deviennent vite étrangement précises. Il finit par me révéler qu’il est lui aussi un Immortel.

Je reste sur mes gardes, mais il ne m’attaque pas. Au contraire, il semble surtout intéressé par moi. Il me parle de sa demeure et de la protection qu’il pourrait m’offrir. Il me propose de le rejoindre et de le servir.

Je refuse.

Malgré mon refus, il exige que je le serve. Je n’ai pas le temps de partir qu’il me fait emmener jusqu’à son manoir. Là, il m’enferme et grave son emblème dans ma chair. Je comprends alors qu’il ne me demande pas mon aide : il veut faire de moi son serviteur.

Je cherche longtemps un moyen de sortir de là. Finalement, je prétends lui apporter de quoi se nourrir. Il me laisse quitter le manoir, et j’en profite pour disparaître.

Je crois avoir enfin échappé à son emprise, mais Brünwald s’est infiltré dans la Cabale. Il soumet ses membres grâce à son sang et en prend le contrôle. Ceux qui étaient autrefois mes serviteurs se retournent alors contre moi. Ils me poursuivent jusque dans les montagnes.

Je tente de leur échapper, mais je finis par les tuer dans une frénésie sanglante.

Je dois disparaître.

Alors je change encore d’identité. Je deviens Frère Marc et pars pour la France. Je ne comprends rien à la langue et je peux à peine communiquer avec les gens que je rencontre. Alors je me fais passer pour un simplet. C’est plus facile ainsi.

Mais même loin de Brünwald, je ne peux pas oublier sa marque. Mes cheveux blanchissent progressivement et je suis persuadé que l’emblème qu’il a gravé dans ma chair en est la cause. Je crois qu’il me transforme lentement en son serviteur.

Illustration générée par IA

Je ne me souviens plus quand mes cheveux ont commencé à blanchir. Cela fait si longtemps que j’ai oublié bien des choses. Je sais seulement que, depuis Brünwald, ils sont devenus de plus en plus blancs. Chaque nouveau cheveu blanc me rappelle que je ne suis peut-être pas réellement libre.

Acte V
XIIIe-XVIIIe siècle

Une nouvelle vie

Un jour, un voleur me dérobe ma Bible, mon bien le plus précieux. Elle m’a été offerte par… je ne sais plus qui. Peut-être un parent de mon ancienne vie. Ce souvenir m’échappe. Je retrouve le voleur et je le tue pour récupérer ma Bible. C’est la seule chose qui me relie encore à ce que j’étais… avant. Je ne peux pas la laisser disparaître.

Les années passent et je ne ne reste jamais au même endroit bien longtemps.

Un matin, je manque de me faire surprendre par le soleil. Je trouve refuge dans le sous-sol d’une maison de passe et m’y cache jusqu’au soir. Un garçon veille sur moi pendant mon sommeil. C’est le fils de l’une des femmes qui travaillent ici. Il doit avoir une dizaine d’années.

Je suis touché qu’il ait pris soin de moi. Il est si maigre… En retour, je vole de quoi le nourrir.

Peu à peu, je trouve une autre façon de me nourrir. Je chasse les criminels. Je les traque, je bois leur sang, et je les tue. Au début, je me dis que ça ne change rien, que je suis toujours un prédateur.

Mais avec le temps, je commence à voir les choses autrement. Je ne suis peut-être pas seulement un monstre qui cherche à survivre. Je peux aussi choisir ceux dont je me nourris. Peut-être que je peux faire de cette malédiction quelque chose d’autre. Peut-être que je peux être un justicier.

Acte VI
XVIIIe siècle

La découverte des étoiles

Avec le temps, mes capacités s’affinent et ma vue devient de plus en plus précise. Je distingue des détails que les mortels ne peuvent pas voir et, surtout, je peux observer les étoiles bien mieux qu’eux. Je commence à m’intéresser au ciel. Je passe de longues nuits à regarder les étoiles et à essayer de comprendre ce qu’elles cachent.

Un jour, je découvre une lunette astronomique. Je m’en sers aussitôt pour observer les étoiles, impatient de voir ce qu’elle pourra me révéler. Mais je n’avais pas prévu que ma propre vue amplifierait autant la lumière.

Elle est beaucoup trop forte. Je manque de devenir aveugle et dois détourner les yeux. Après cela, j’apprends à être plus prudent lorsque j’utilise mes capacités.

Puis vient une nuit étrange. Je bois le sang d’un homme drogué. Après cela, je lève les yeux vers le ciel.

Et je vois quelque chose.

Derrière les étoiles, je distingue des formes impossibles. Des choses que je ne devrais pas pouvoir voir. Je reste là, incapable de détourner les yeux.

Cela faisait des siècles que je n’avais plus cru en quoi que ce soit. Pour la première fois depuis très longtemps, je crois de nouveau en quelque chose.

Acte VII
XVIIIe-XIXe siècle

Les siècles d'oubli

Un nouveau siècle passe. Le monde change autour de moi. Je m’en rends compte lorsque j’essaie de lire les textes de mon époque. Je n’y arrive plus. Les mots ont changé, la langue aussi. Même les livres de mon ancien pays me semblent désormais étrangers.

Je connais de moins en moins le monde dans lequel je vis. Après tout ce temps, je suis devenu un étranger dans mon propre monde.

Mon journal se détériore lui aussi. Les pages s’abîment avec le temps et une grande partie de ce que j’ai écrit devient impossible à déchiffrer. Je relis certains passages encore et encore, mais les mots refusent de reprendre leur sens. J’ai l’impression de perdre une partie de mon âme avec eux.

J’en fais une nouvelle copie avant qu’il ne soit trop tard, mais le temps a déjà fait son œuvre. Je ne sais plus exactement ce que contiennent ces pages, mais je sens au fond de moi que les informations qu’elles renferment sont essentielles.

Un jour, je garde une jeune villageoise captive dans l’une des cellules de l’église où je vis. Je ne sais pas vraiment pourquoi je l’ai fait. Quelque chose chez elle me rappelle quelqu’un, une personne que j’ai depuis longtemps oubliée. Je n’arrive pas à retrouver son nom, ni son visage. Seulement cette impression familière qui refuse de disparaître.

Finalement, je la libère contre la promesse de rester avec moi. Elle n’a plus vraiment d’endroit où aller. Elle aimerait savoir lire et écrire, et je peux lui transmettre ces connaissances.

Pour la première fois depuis longtemps, j’ai de nouveau quelqu’un à mes côtés.

Les années passent encore. Margot reste auprès de moi et m’aide dans mon quotidien, tout en veillant sur moi pendant mon sommeil.

Cette vie simple et tranquille me plaît. Je me sens apaisé et je recommence à peindre. Mon cercueil, installé sous l’église, se retrouve bientôt lui aussi couvert d’enluminures.

L’un des criminels que j’attrape me raconte que son ancêtre lui a parlé de la Main Morte. Il me demande de lui laisser la vie sauve en échange de sa servitude. Ce nom me dit quelque chose, mais je ne parviens pas à me rappeler pourquoi. J’accepte son offre et le laisse vivre.

Il s’appelle Martin et m’accompagne parfois lorsque je traque les criminels. Nous chassons ensemble et, avec le temps, je m’habitue à sa présence. Je finis même par compter sur lui.

Une nuit, un Immortel vient à ma rencontre. Il prétend être mon ancêtre et mon créateur. Je ne sais pas quoi penser de ses paroles. Pour me convaincre, il me montre un médaillon semblable au mien.

Il me demande de retrouver les descendants de notre famille et de continuer la lignée en transformant l’un d’eux. Je voudrais refuser, mais quelque chose m’en empêche. Son pouvoir sur moi est trop fort. Je sens que je ne peux simplement pas lui désobéir.

Alors je fais ce qu’il me demande. Je retrouve l’un des descendants de notre famille et je le transforme. Je le laisse ensuite seul face à sa nouvelle existence.

Je croise parfois le chemin d’un autre Immortel qui veut faire de moi son serviteur. Je ne sais pas ce qu’il attend de moi, mais je refuse de devenir la propriété de quelqu’un d’autre.

Il envoie généralement des mortels pour me traquer. Je les tue lorsqu’ils parviennent à me rejoindre, puis je disparais avant que leur maître ne puisse m’atteindre.

Je découvre également que je peux parfois me déplacer à une vitesse impossible pour un humain. Cela arrive presque sans que je m’en rende compte. Un instant, je suis là, l’instant suivant, j’ai déjà traversé une distance qui aurait demandé beaucoup plus de temps à un mortel.

Je dois apprendre à maîtriser cette nouvelle capacité. Je ne veux pas attirer l’attention et risquer que quelqu’un comprenne ce que je suis devenu.

Un jour, lors d’une chasse, Martin et moi faisons une énorme erreur. Nous croyons l’une de nos proies morte.

Elle ne l’est pas.

Elle se relève et tue Martin. Je le perds brutalement, alors que je pensais pouvoir continuer à compter sur lui. Encore une fois, quelqu’un disparaît de ma vie alors que je pensais avoir enfin réussi à m’attacher à lui.

Margot reste auprès de moi encore de nombreuses années. Puis elle vieillit, comme tous les mortels, et finit par mourir.

Je me retrouve à nouveau seul.

Acte VIII
XIXe siècle

Le retour de Brünwald

Je suis finalement capturé par l’Immortel nommé Brünwald. Il ne se contente pas de me rappeler l’emblème qu’il a gravé dans ma chair. Il pose la main dessus et je ressens une douleur brutale qui traverse tout mon corps. Je tente de lui résister, mais quelque chose en moi se brise. Sa volonté s’impose à la mienne et je comprends que je ne peux plus lui désobéir.

Je dois servir mon Maître. Je n’ai pas le choix.

Je bois régulièrement son sang. Peu à peu, mes cheveux deviennent entièrement blancs. Je ne reconnais plus l’homme que j’étais autrefois. Chaque fois que je me regarde, mon reflet me paraît un peu plus étranger.

Illustration générée par IA

Son emblème continue lui aussi de s’étendre sur mon corps à mesure que je bois son sang. Lorsqu’il atteint mes bras, je découvre que ma force est devenue surnaturelle.

Je comprends alors que le sang de mon Maître ne fait pas que m’asservir : il me transforme.

Lorsque je chasse, il m’arrive de perdre tout contrôle. La Soif prend le dessus. À ces moments-là, je ne réfléchis plus. Je ne suis plus Frère Marc, ni même un homme.

Je ne suis plus qu’une bête.

Acte IX
XIXe siècle

Les siècles de servitude

Les années passent et le monde change encore. Les chemins de fer se développent à travers le pays. Pour moi, c’est une véritable révolution. Je peux désormais parcourir la France et même une partie de l’Europe en quelques heures.

Je dois toujours attendre la nuit pour sortir, alors je reste caché dans un compartiment jusqu’à la tombée du jour. Mais malgré cette contrainte, je peux enfin voyager beaucoup plus facilement. Mon Maître m’envoie régulièrement en mission, et ces voyages me permettent de parcourir des régions que je ne connaissais pas. Le monde qui m’entoure devient immense et, pour la première fois depuis longtemps, je peux réellement le parcourir.

Je profite de ces déplacements pour poursuivre mes recherches, et, chaque nuit, je peux observer un ciel différent. Je veux comprendre ce qui se cache derrière les étoiles.

Je décide alors de construire un télescope. Pas un simple instrument : je veux fabriquer le plus puissant qui ait jamais existé. Si j’ai réellement aperçu quelque chose derrière les étoiles, je veux pouvoir le revoir.

Le projet me coûte cher. Je vends mon médaillon pour acheter les matériaux nécessaires. C’est difficile de m’en séparer, mais je veux comprendre ce que j’ai vu. J’en ai besoin.

Je finis par construire mon télescope. Je peux enfin observer le ciel comme jamais auparavant.

Mais quelqu’un sabote mon instrument. On me traite de fou dangereux. Tout ce que j’ai construit, tout ce que j’ai cherché à comprendre, est réduit aux délires d’un homme qu’il faudrait arrêter.

Je ne leur laisse pas le temps de recommencer.

Je les tue tous.

Après ça, quelque chose d’étrange m’arrive : un besoin incontrôlable de peindre me saisit. Je ne peux pas m’en empêcher. Je prends mes outils et commence à couvrir le plafond, le sol et les murs de la chapelle de mon Maître d’enluminures.

Je peins encore et encore, incapable de m’arrêter. Mon Maître me regarde faire, perplexe. Je ne saurais même pas lui expliquer pourquoi je fais cela. Je sais seulement que je dois continuer.

Puis, aussi soudainement qu’il est apparu, ce besoin disparaît.

Mes nombreux voyages m’apprennent quelque chose. Je pensais ne jamais pouvoir désobéir à mon Maître. Je croyais son emprise absolue. Mais je découvre qu’elle faiblit lorsque je reste suffisamment longtemps loin de lui.

Pour la première fois depuis longtemps, j’ai l’impression de retrouver un peu de ma liberté.

Lorsque je voyage, je me fais passer pour un prêtre itinérant. Je vais de paroisse en paroisse, partageant mon savoir et mon art.

J’apprends à des hommes d’Église l’art de peindre des enluminures. En échange, ils m’offrent une vieille Bible. Je ne sais pas pourquoi, mais j’en ai les larmes aux yeux.

Je prends l’habitude de me nourrir sur eux. Ils nourrissent non seulement mon corps, mais aussi mon âme.

Un jour, je rencontre un peintre dont les œuvres me bouleversent. Je reste devant ses tableaux, incapable de détourner les yeux. Je connais la peinture depuis des siècles. J’ai moi-même passé une grande partie de mon existence à peindre, et pourtant, ce que je vois me touche profondément.

Seul dans un monastère en ruine, je découvre un petit portrait de moi alors que j’étais encore humain. Le visage est exactement le même que le mien, mais les cheveux sont bruns. Je ne reconnais pas cet endroit, mais quelque chose dans ce tableau me semble étrangement familier. Je reste longtemps devant mon propre visage, sans comprendre pourquoi cette image me touche autant.

Un homme se présente à moi avec le journal intime de Margot. Il l’a retrouvé parmi de vieux documents transmis au fil des générations. En le lisant, il a compris que son histoire est liée à la mienne et deviné que ce journal pourrait avoir de la valeur pour moi. Il me demande de l’argent en échange.

Je ne sais pas quoi penser de tout cela. Margot est un nom qui résonne en moi, mais mes souvenirs sont devenus difficiles à saisir. Je sais que quelque chose m’échappe, et ça me dérange plus que je ne voudrais l’admettre. Je finis par lui acheter le journal.

Dans un petit magasin d’antiquités miteux, je tombe sur un médaillon. Je le regarde. Et soudain, je me souviens.

C’est celui de ma famille. Celui de mon Sire.

Je reste là, avec le médaillon entre les mains, comme si une partie de mon passé venait brusquement de refaire surface. Pendant un instant, tout semble moins flou. Je sais que cet objet est important. Je sais qu’il m’appartient. Et je sais surtout qu’il est lié à celui qui a fait de moi ce que je suis.

Acte X
XIXe siècle

Libre

Brünwald est mort.

J’apprends que mon Maître n’est plus lorsque son emprise sur moi disparaît soudainement. Je ne ressens plus sa volonté dans mon esprit. Pour la première fois depuis des siècles, personne ne peut plus m’ordonner quoi que ce soit.

Je devrais être heureux. Après tout ce temps, après tout ce qu’il m’a fait subir, je devrais enfin pouvoir vivre comme je l’entends. Et pourtant, je ressens autre chose.

Une tristesse étrange.

Je suis enfin libre. Mais je ne sais plus quoi faire de cette liberté. Pendant longtemps, j’ai cru que ce moment était impossible. Maintenant qu’il est là, je ne sais pas vraiment quoi en faire.

Alors je continue de voyager.

Je parcours les routes, de ville en ville, de paroisse en paroisse. Je peins lorsque j’en ai l’occasion. Je partage ce que je sais avec ceux qui veulent apprendre.

Et, la nuit, je regarde les étoiles.

Après tous ces siècles, je crois que c’est peut-être cela que je veux désormais.

Peindre.
Observer le ciel.
Et vivre simplement, un jour après l’autre.

Je ne sais pas combien de temps cela durera. Je ne sais pas ce que je deviendrai.

Mais pour la première fois depuis très longtemps, personne ne décide à ma place.

Je suis libre.

Fin de la partie

Me suivre
X In Fb YT
Frère Étienne

Le moine qui m’a recueilli et élevé comme son propre fils. 🪦

Elise

Une jeune villageoise avec qui j’ai grandi. Ma plus proche amie 🪦

Gautier

Un jeune noble venu étudier au monastère, devenu mon rival puis mon ami 🪦

Alaric de Montreuil

Immortel
Un ancien noble dont la famille possédait autrefois de vastes terres ; il porte le même emblème que celui gravé sur le médaillon de Mathieu et prétend connaître l’origine de mes parents.

Frère Simon

Un ancien voleur condamné à plusieurs reprises, entré dans la Cabale pour se cacher 🪦

Martin

Tenancier du Sans Souci : un aubergiste superstitieux qui se méfie de moi depuis qu’il a senti ma peau glaciale. 🪦

Eberhard de Brünwald

Immortel
Un ancien seigneur vampire qui considère les jeunes immortels comme ses serviteurs 🪦

Théodore

Un garçon d’une dizaine d’années, débrouillard 🪦

Margot

Une jeune villageoise d’une vingtaine d’années, capturée alors qu’elle cherchait refuge dans l’église

Ma protégée, une jeune femme qui vit avec moi et m’aide dans mon quotidien 🪦

Martin

Un criminel dont la famille se transmet depuis des générations les récits terrifiés d’une mystérieuse « Main Morte ». 🪦

Gabriel

Un peintre talentueux qui m’apprend son art

Hector

Un homme cupide qui a découvert le journal de Margot et cherche à en tirer le meilleur prix.

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